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  • Panorama de Bouvignes

    Meuse_Bouvignes

    Crèvecoeur

    Sur un éperon de la rive gauche de la Meuse en amont de Namur, la forteresse de Crèvecœur surplombe la cité de Bouvignes. Depuis sa naissance et surtout le XIVe s. auquel remonte l'essentiel des vestiges en place, elle a participé directement au système de défense de la ville de Bouvignes et du comté de Namur, face à Dinant et à la principauté de Liège. De plan irrégulier parce qu'adapté à la configuration du terrain, et de forme plus ou moins triangulaire, l'ensemble de quelque 25 m sur 36 m, fortifié mais non résidentiel, s'étage sur deux terrasses. A l'extrémité du roc devant la Meuse, au plan inférieur, s'élève une tour hémisphérique du XVe s., tandis qu'au niveau supérieur sont visibles le donjon et son enceinte du XIVe s. Un fossé creusé dans la roche sépare le château du plateau arrière. Sur celui-ci, les Bouvignois avaient construit un boulevard défensif avec fossés et bastions, aujourd'hui disparus. C'est de ce boulevard que provient la belle pierre décorée d'une croix de St André et d'un demi boulet déposée sur la tour de La Val.

    Le donjon ou « tour de Crèvecœur » est la partie la plus ancienne. Il fut édifié vers 1321. Avec le château comtal du XIIe s., dans le bas, il a dès lors assuré la défense de la localité au cours des multiples phases de la lutte interminable qui opposa les deux villes voisines durant des siècles. Il se présente encore dans la tradition des donjons isolés du XIIe s. Avec son plan carré de 10 m environ de côté et ses murs de 3 mètres d'épaisseur, il est pourvu au sud-ouest d'un éperon contrôlant le flanc le plus exposé. Ses murs sont en blocage peu soigné et, fait curieux, aucun n'est relié à l'autre, comme s'ils avaient été bâtis séparément. Celui situé au nord-ouest, le mieux conservé, garde des traces de son élévation: à 2,20 m du sol, quatre cavités et trois corbeaux devaient soutenir un premier plancher. Quelque 3,50 m plus haut, une retraite murale indique un autre niveau. En dessous par contre se voit l'ouverture d'une citerne voûtée en berceau aplati. Peut-être le premier fossé et les murs contigus à l'est, d'époque indéterminée, sont-ils les vestiges d'une première enceinte qui aurait été construite plus ou moins dans le même temps que la maîtresse-tour ? En 1388, en tout cas, des travaux considérables sont exécutés sous la direction d'un architecte que les archives appellent le « maître de l'ouvrage à la tour de Bouvignes, Godefroid Bofiaule » ou de Bouffioux. Ils portent sur une enceinte de tracé plus ou moins ovale, démunie de tours mais qui englobe le donjon. Vers le plateau, la protection était assurée par un second fossé, qui était enjambé par un pont-levis. Les murailles sont en très belles pierres de taille, soigneusement jointes par un mortier rosé fort dur.

    Les à-pics, nord et sud sont contrôlés chacun, par une grande archère-niche. Bouchée, celle du nord n'est plus apparente. Toujours de ce côté, un massif de moellons pourrait indiquer l'escalier de la courtine. Sur le flanc méridional, un autre escalier, intact, relie la courtine à l'archère en place. Au-dessus de lui, un passage dessert une canonnière.

    Après une période calme, la guerre reprend en 1430 et l'armée liégeoise assiège Bouvignes durant un mois. A cette époque, les efforts des défenseurs se concentrent sur le « bolewert et fossez de la tour de Crievecoeur ». Ils lui accolent du côté de la Meuse un ouvrage avance, destiné à servir de « couverture à l'encontre de la tour de Montorgueil » que les Dinantais avaient dressée sur la rive droite, près de Leffe, et dont il est encore dit en 1445 « qu'ilh falloit premierement que ons abastit le thour de Montorguelhe delle tout ».

    Au XVe s. Crèvecœur, forteresse essentiellement, communale, est donc agrandie et entretenue aux frais de la ville. De cette phase datent la tour hémisphérique, en contrebas du donjon primitif. La nouvelle construction a entraîné de grandes modifications. Les murs, côté Meuse, de l'enceinte du XIVe s. sont percés de deux larges escaliers, de part et d'autre du donjon, pour livrer accès à la tour récente. Celle-ci se compose d'une pièce sensiblement carrée et d'une tour semi-circulaire. Sous cette tour, une cave de même plan est voûtée en cul de four. Sept canonnières sont percées ici : trois dans la cave et quatre dans la pièce même. De plus, une poterne ouvre sur le ravin du sud par où, à l'aide d'échelles, le ravitaillement de la place et les échappées devenaient possibles. Le château fut mis hors d'usage pendant le sac de Bouvignes par l'armée de Henri II, roi de France en 1554.

    Des restaurations y furent cependant encore exécutées de 1567 à 1580. Devenu plus tard le symbole de la résistance héroïque des Bouvignois au cours des siècles, il a été l'objet depuis 1850 de fouilles et de travaux de remise en valeur. On doit son aspect actuel aux importantes restaurations des années 1950-1951.

    http://www.dinant.be/index.htm?lg=1&m1=5&m2=15&m3=245